Pieds et randonnées – Entretien magazine ”Notre temps”

Entretien complet pour la rédaction de l’article ‘‘Des pieds en bon état de marche”; magazine Notre temps, juin 2021, n°618. Questions (Nathalie Szapiro-Manoukian), réponses (Fred Brigaud)

Y a-t-il une bonne façon de marcher ? De se chausser ?

Le sujet est extrêmement vaste. Pour commencer j’inverserai la question, ”y a-t-il une mauvaise façon de marcher et de se chausser ?” Et dans un second temps, je remplacerai le terme ”mauvais” par ”inadapté”. Inadapté à la physiologie de notre corps. Pour répondre à cette double problématique, il faut comprendre le fonctionnement du pied, c’est-à-dire les mouvements naturels au sein du pied et leurs fonctions lors de la marche. Nous ne parlons pas ici des mouvements du pied par rapport à la jambe mais bien des mouvements au sein du pied. Le pied est tout sauf un bloc rigide dont la forme n’évoluerait pas ou seulement dans de petites proportions. Pieds nus, debout en fente avant, lorsque nous décollons légèrement le talon du sol pour se retrouver en appui sur l’arche antérieure et que nous orientons notre genou vers l’extérieur ou vers l’intérieur en effectuant une rotation de hanche, notre talon se déplace latéralement de plusieurs centimètres par rapport à notre avant-pied en appui (8 cm pour un 43). L’arche interne de notre pied se creuse et s’aplatit instantanément au gré du mouvement comme nous pouvons le voir dans cette vidéo ci-dessous. Ce mouvement de torsion dépend de la souplesse et de la musculature du pied. Un mouvement essentiel en randonnée puisqu’il permet d’absorber, dans une certaine mesure, les légers dévers que présentent les sentiers que nous pouvons arpenter. Autre mouvement, celui de l’arche antérieure qui se situe à la base de nos orteils, et qui se moule à la forme du terrain en se bombant ou se creusant.

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Semelle, chausson thermoformé et chaussure de ski, un cocktail détonnant !

Extrait | Magazine AFESA printemps 2021 n°117 – Avant d’entrer dans le vif du sujet, il est utile de contextualiser la réflexion. En décembre 2020 cela faisait 12 ans que j’avais arrêté de pratiquer le ski alpin et 28 ans que je n’avais pas rechaussé de skis de rando, plus précisément depuis le service militaire où j’officiais comme chasseur alpin. Entre temps, j’ai pratiqué la course à pied, pieds nus ou chaussé de chaussures totalement souples, au cours de laquelle la biomécanique du pied s’exprime pleinement. Ainsi, durant toutes ces années, mes pieds et mon ressenti corporel ont beaucoup évolué tout comme le matériel de ski de randonnée qui a gagné en légèreté, tant au niveau des skis que des fixations et des chaussures. Cependant, certains paramètres inhérents à la biomécanique du pied ne sont toujours pas pris en compte dans la conception des chaussures ou le bootfitting. Cela génère localement des zones de frottement irritant les pieds ou les malléoles, et à distance des tensions au sein des genoux ou des hanches selon la morphologie et la posture de chacun.

Un mouvement dans les trois plans de l’espace

Lorsque nous regardons l’empreinte de notre pied nu dans le sable, nous avons l’impression qu’il ne change pas de forme et qu’il ne possède, dans le plan horizontal, qu’un unique axe passant par le talon et le second orteil. Cependant, lorsque nous décollons légèrement le talon du sol afin de nous retrouver en appui avant-pied (en appui sur l’arche antérieure), et que nous orientons notre genou vers l’extérieur puis vers l’intérieur en effectuant une rotation externe puis interne de hanche, nous remarquons que le talon se déplace simultanément vers l’intérieur puis vers l’extérieur, entrainé par la jambe, sans que l’avant-pied ne pivote. Le déplacement latéral du talon s’effectue indépendamment de l’avant-pied en appui au sol, essentiellement grâce à l’Interligne Articulaire de Torsion (IAT, fig.1) et la mobilité des métatarsiens. À tout moment lors de cet exercice, si nous reposons le pied au sol, la forme de l’empreinte de notre pied dans le sable aura changé. Mais pas seulement, car l’orientation du genou dans le plan horizontal et l’inclinaison latérale de la jambe par rapport au sol seront également différentes de la position de départ. Cette indépendance entre l’avant-pied et le reste du pied met en évidence deux axes supplémentaires dans le plan horizontal ; un axe pour l’avant-pied et un axe pour l’arrière-pied (fig.2).

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Faut-il corriger un pied pronateur ?

La victoire de Joshua Cheptegei, athlète spécialiste des courses de fond et recordman du 10000m en 2020, qui présente des pieds ‘’pronateurs’’, peut nous amener à nous interroger sur l’utilité ou non d’améliorer la statique et la dynamique des pieds.

Une mécanique défaillante

Un pied dynamique dépend du contrôle du mouvement de flexion/extension de la cheville mais également de notre capacité à canaliser ce mouvement. Plus le pied reste dans l’axe de la jambe, plus le rebond est efficace. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, la canalisation du mouvement ne dépend pas de la cheville mais des articulations sous-jacentes ; l’articulation sous-talienne, l’Interligne Articulaire de Chopart (IAC) et l’Interligne Articulaire de Torsion (IAT). Chez Joshua, ces différentes articulations ne sont pas maintenues, ses pieds ne sont ni gainés ni équilibrés. Certains pourraient y voir un mécanisme d’amortissement à l’image de la cheville qui fléchit lors de la prise d’appui pour amortir une partie de la force de réaction au sol. Cependant dans son cas, durant la phase d’appui, le pied s’écrase sans jamais revenir à son point d’équilibre. Les muscles qui contrôlent les différentes articulations précédemment citées sont inopérants, ils n’emmagasinent pas l’énergie mécanique et ne se contractent pas. Au lieu d’exercer une poussée sur une structure solide, élastique, c’est-à-dire un pied dont l’architecture est maintenue et réactive, celle-ci s’exerce sur une structure molle faiblement réactive.

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Exercices de rééducation EAD pour le pied utilisés en Kinésithérapie

La rééducation fonctionnelle suite à une entorse, le traitement de l’instabilité chronique de la cheville (ICC – voir e-learning), un pied plat pronateur,… ou encore la prévention des entorses passent par l’équilibration et le renforcement du pied, sa capacité à se gainer mais également sa souplesse. Retrouvez les différents exercices sous forme de tutoriel sur la Playlist Youtube de Corriger le pied sans semelle, nouvelle édition (2019). Inscrivez-vous à la newsletter (en bas de page).

Exercice d’assouplissement du pied en appui ”Exercice de Samba”
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Foulée et bras de levier. Pourquoi se priver de ce dont nous sommes dotés ?

En ces premiers jours de printemps, elle parcourt la nature qui s’éveille. Les foulées se succèdent à un rythme régulier. L’air frais et vivifiant du matin s’écoule le long de sa musculature saillante et la galvanise. Elle accélère soudainement, donnant l’impression de voler au dessus du sol. Ses mouvements sont fluides, harmonieux et équilibrés. Chaque appui est maitrisé et déroule parfaitement ; amorti, soutien, propulsion se succèdent à cadence élevée. Elle n’est pas seule, suivie par sa harde qui galope avec elle au milieu de la steppe mongole.

Amortir

Si nous avons tous déjà vu galoper un cheval, nous n’avons pas forcément observé la façon dont il amortit les contraintes à chaque foulée. L’ensemble des mammifères, qu’ils soient digitigrades (marchant et reposant sur leurs doigts – chat, chien, guépard,…) ou onguligrades (marchant sur un ou plusieurs sabots – cheval, rhinocéros,…), amortissent la force de réaction au sol à chaque foulée grâce à un système de bras de levier qui constitue leurs membres antérieurs et postérieurs. Cette biomécanique du cheval pourrait-elle nous apprendre quelque chose sur la façon d’employer nos propres jambes lorsque nous courons ?

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Adam Ondra, ses défauts de posture ou la robustesse d’un corps

Etre le meilleur ne veut pas dire être à son meilleur potentiel. Le corps d’Adam Ondra comporte de multiples déséquilibres et asymétries, dont deux pieds dits ‘’plats pronateurs’’ comme nous pouvons l’observer dans la vidéo intitulée ‘’Road to Tokyo #38 – What is the best body type for Climbing’’ alors qu’il est en short, le torse et les pieds nus. Des déséquilibres que nous retrouvons lorsqu’il grimpe mettant en exergue, par ailleurs, la robustesse du corps en général, c’est-à-dire la capacité du corps à mener une action alors que plusieurs ressources biomécaniques ne sont pas aux meilleures de leur potentiel, voire font défaut.

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Prévenir les ongles noirs en course à pied – Approche systémique

Nombre de coureurs se plaignent de l’apparition d’ongles noirs après une longue course, un marathon, un Trail, ou tout simplement après des entrainements un peu plus soutenus. Pour certains c’est exceptionnel, pour d’autres c’est récurant. Nous pensons immédiatement que les chaussures sont trop petites, trop étroites, mal serrées, ou encore que les ongles sont mal coupés, limitant à deux ou trois facteurs les causes d’apparition de cette pathologie, alors que cela peut provenir d’erreurs techniques ou de faiblesses architecturales. Si chausser des chaussures plus grandes limite l’apparition de ce phénomène, cela a pour conséquence aussi de masquer les défauts et les faiblesses à l’origine de celui-ci, laissant le coureur les perpétuer.

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Des pieds, des chaussures et des semelles

Fred Brigaud pour Ultrafanzine Magazine

Le port de semelles est-il obligatoire ? Il y a les inconditionnels de la semelle et des chaussures rigides qui tiennent le pied, et les autres… Et vous, quelle est votre opinion ? Avant de vous prononcer de but en blanc, commencez par prendre le temps de la réflexion et demandez-vous comment fonctionne le pied ? Ou plutôt comment imaginez-vous qu’il fonctionne ? Ou encore, comment vous a-t-on dit qu’il fonctionnait, si vous avez eu la chance que l’on vous renseigne réellement sur ce sujet. Le pied est là, sous nos yeux, à portée de mains, et pourtant la majorité des gens n’y prête pas attention, sa compréhension ne présentant que peu d’intérêt, et n’hésite pas à l’enfermer à longueur de journée dans un carcan.

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Lionel Messi, ‘Son pied d’appui déforme le terrain !’ – Eurosport

A lire : Entretien avec Laurent Robert & Fred Brigaud réalisé par Cyril Morin pour Eurosport.

Retrouvez brièvement quelques aspects posturo-dynamiques à l’origine de la régularité de toutes frappes. Le titre de l’article ‘Son pied d’appui déforme le terrain‘ signe une des qualités essentielles de la jambe d’appui lors d’un coup franc ; c’est-à-dire le fait de posséder un système musculaire stabilisateur hautement efficace qui permet de maintenir l’ensemble des segments alignés (EAD) tout au long de la frappe, dont le pied. 

Des principes posturo-dynamiques évoqués plus en détails dans un précédent article intitulé ‘Les secrets pour bien tirer un coup franc‘ (Fred Brigaud, 2015). Lorsque nous comparons les deux photos, l’une illustrant l’article de 2015 et l’autre illustrant celle de 2018 nous retrouvons chez Lionel Messi une posture assez semblable…

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Comment l’amorti déstructure nos appuis !

Au hasard d’une expérience

 Greg, coureur avant-pied tout terrain aguerri, habitué à courir avec des chaussures de type barefoot, chausse exceptionnellement lors d’une sortie sur route une paire de running rigide comportant une semelle amortissante de 9mm sans drop. Des chaussures qu’un distributeur lui a proposé de tester afin d’avoir son avis. A la fin de la session, après une heure de course, il se déchausse et marche pieds nus sur le bitume. Il ressent instantanément un changement dans ses appuis. La répartition de la pression sous ses pieds est différente,comme s’ils avaient changé de forme durant la sortie. Des tensions musculaires inhabituelles parcourent également ses pieds. Ce n’est qu’après quelques minutes de marche pieds nus que la pression exercée par le pied sur le sol s’homogénéise et que les tensions disparaissent. Curieux par nature, Greg reproduit l’expérience pour constater à chaque fois le même phénomène alors qu’il n’en est rien lorsqu’il court pieds nus ou avec des chaussures de type barefoot (chaussures qui comportent une semelle très fine, souple, sans drop et aucun amorti). Comment s’explique mécaniquement cette évolution du pied ?

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