Pieds et randonnées – Entretien magazine ”Notre temps”

Entretien complet pour la rédaction de l’article ‘‘Des pieds en bon état de marche”; magazine Notre temps, juin 2021, n°618. Questions (Nathalie Szapiro-Manoukian), réponses (Fred Brigaud)

Y a-t-il une bonne façon de marcher ? De se chausser ?

Le sujet est extrêmement vaste. Pour commencer j’inverserai la question, ”y a-t-il une mauvaise façon de marcher et de se chausser ?” Et dans un second temps, je remplacerai le terme ”mauvais” par ”inadapté”. Inadapté à la physiologie de notre corps. Pour répondre à cette double problématique, il faut comprendre le fonctionnement du pied, c’est-à-dire les mouvements naturels au sein du pied et leurs fonctions lors de la marche. Nous ne parlons pas ici des mouvements du pied par rapport à la jambe mais bien des mouvements au sein du pied. Le pied est tout sauf un bloc rigide dont la forme n’évoluerait pas ou seulement dans de petites proportions. Pieds nus, debout en fente avant, lorsque nous décollons légèrement le talon du sol pour se retrouver en appui sur l’arche antérieure et que nous orientons notre genou vers l’extérieur ou vers l’intérieur en effectuant une rotation de hanche, notre talon se déplace latéralement de plusieurs centimètres par rapport à notre avant-pied en appui (8 cm pour un 43). L’arche interne de notre pied se creuse et s’aplatit instantanément au gré du mouvement comme nous pouvons le voir dans cette vidéo ci-dessous. Ce mouvement de torsion dépend de la souplesse et de la musculature du pied. Un mouvement essentiel en randonnée puisqu’il permet d’absorber, dans une certaine mesure, les légers dévers que présentent les sentiers que nous pouvons arpenter. Autre mouvement, celui de l’arche antérieure qui se situe à la base de nos orteils, et qui se moule à la forme du terrain en se bombant ou se creusant.

Tous les mouvements au sein du pied, en plus des deux que nous venons d’évoquer, autorisent une adaptabilité active du pied à chaque pas pour nous assurer un ancrage et une stabilité optimale. Mais encore faut-il permettre aux mouvements d’avoir lieu et de posséder la musculature qui va avec. Malheureusement, à enfermer les pieds quotidiennement dans des chaussures rigides, c’est-à-dire qui ne se déforment pas ou très peu, et à délaisser la marche pieds nus, nous affaiblissons la musculature des pieds et perdons en mobilité.

Perception

Autre aspect important, la perception. Lorsque nous marchons pieds nus, nous percevons pleinement la qualité du sol mais également la qualité de notre locomotion, alors que chaussé, nous perdons ce feedback pourtant essentiel pour réguler notre démarche et éviter de taper ou de traîner des pieds, ce qui occasionne à minima des frottements et l’apparition d’ampoules ou de cors. Pieds nus, vous ne taperez, ni ne traînerez des pieds, car cela serait immédiatement douloureux.

Il y a donc un lien direct entre la perception, le fonctionnement du pied et notre gestuelle. Il faut avoir conscience que rares sont les chaussures qui respectent la biomécanique des pieds, c’est-à-dire qui se rapprochent du pied nu. Avant de se lancer dans une rando, réapproprions-nous nos pieds au quotidien, renforçons-les, écoutons-les davantage pour moduler notre marche. Marchons pieds nus, ou comme pieds nus en utilisant des chaussures plus souples au quotidien, des chaussures comportant peu ou pas d’amorti, et nous verrons alors notre démarche changer et notre pied se renforcer. Tout en gardant en tête que pour passer de chaussures épaisses et rigides à des chaussures plus fines et plus souples, il faut du temps et y aller progressivement. Cela ne se fera pas en quelques jours, ni en quelques semaines. Il faut compter plusieurs mois pour ne pas dire années. Nous avons malheureusement tendance à nous préoccuper des pieds seulement lorsqu’ils deviennent douloureux, ce qui est une erreur.  

Pour être pratique, conseillez-vous de marcher pieds nus le plus souvent possible lorsqu’ils sont chez eux ou dans leur jardin ou à la plage ? 

Je conseille habituellement de commencer par marcher pieds nus chez soi, et dans le jardin et sur la plage si c’est possible. Puis par la suite d’utiliser progressivement dans leur quotidien des chaussures plus souples de type barefoot. Mais j’insiste sur la notion de progressivité, pieds nus ou comme pieds nus les contraintes qui s’appliquent sont plus importantes et plus ponctuelles. Le pied doit donc se renforcer et cela ne se fait pas en un claquement de doigts. J’insiste également sur le fait que j’exclus de cette approche les pieds pathologiques.

Que faire ou ne pas faire, quand on a les pieds plats ?

Lorsque cela provient d’un défaut de statique ou de dynamique, et de fait que l’on peut corriger, il faut reprendre le contrôle des mouvements du pied par rapport à la jambe et les mouvements intrinsèques du pied, renforcer sa musculature, réapprendre à poser le pied, marcher pieds nus et porter des chaussures de type barefoot. Cela ne se fait pas en claquant des doigts, cela demande du temps et de l’investissement. Il faut agir avec conscience.

Pourquoi les problèmes de pieds en général augmentent avec l’âge ?

En dehors de pathologies dégénératives et des effets du vieillissement, essentiellement parce que les pieds sont mal sollicités. Un des facteurs, le port de chaussures inadaptées (étroites, pointues, rigides, épaisses …) qui affaiblit, déforme et rigidifie le pied, un phénomène qui s’amplifie avec l’âge. Nous avons tendance à malmener nos pieds par méconnaissance pensant que la technologie est dans la chaussure alors qu’elle est en nous, et ici plus particulièrement dans nos pieds. Nos pieds ont besoin de se muscler et de gagner à nouveau en dextérité. 

Quel est leur impact sur le reste du squelette ?

Le pied est la base sur laquelle repose l’ensemble de notre squelette. Le moindre déséquilibre, la moindre instabilité à son niveau devra être immédiatement compensée par les articulations sus-jacentes pour éviter la chute ou la douleur. Des déséquilibres qui augmentent, sans s’en apercevoir, irrémédiablement le coût énergétique de notre locomotion et ne fait à long terme que déplacer le problème. Bien souvent c’est une autre partie du corps qui devient douloureuse. Jusqu’au jour où notre corps n’est plus en mesure de compenser et la machine s’enraye totalement.

Pour aller plus loin
e-learning – Instabilités de la cheville et prévention des entorses | Cliquez sur l’image

Un pied fonctionnel assure une jonction efficace avec le sol et optimise la prise d’appui, il s’accompagne d’un meilleur maintien de la « cheville » et participe ainsi à la prévention des entorses. De plus, il augmente la marge de manœuvre en cas de déséquilibre et permet de développer un appui plus dynamique.


Corriger le pied sans semelle, pied pronateur, supinateur et prévention des entorses