Courir pieds nus

Par Olivier Pernot, en collaboration avec
Frédéric Brigaud & Bruno Landais.
Joggeur Magazine juillet 2013.

Courir pieds nus. Fantasme estival pour les uns, démarche philosophique pour d’autres qui prônent un retour vers notre état “naturel”. Mais est-ce une si bonne idée pour rester en bonne santé ? Pour se faire plaisir sans se blesser, voici la réponse en plus de l’indispensable mode d’emploi de ces chaussures qui reproduisent les sensations de la course pieds nus.

…Allons droit au but : courir pieds nus respecterait la physiologie ?

Frédéric Brigaud, consultant en biomécanique et ostéopathe, nous répond : “c’est un raccourci qui risque de nuire à ceux qui voudront s’y essayer car c’est laisser croire que le simple fait de retirer les chaussures permet de mettre en œuvre spontanément une course plus physiologique. Pieds nus, bondissez sur place, vous remarquez que vous prenez spontanément appui par l’avant-pied afin d’en contrôler l’amortissement. Il serait déraisonnable de se réceptionner sur les talons? La course pieds nus nous incite donc à développer une prise d’appui avant-pied plus apte à développer un amortissement plus efficient.” Mais disons le tout net : courir 10 bornes pieds nus (ou en chaussures dites “minimalistes”) demandera de 4 à 36 mois d’adaptation à un corps qui n’en a pas l’habitude. Ne pas respecter une progression très douce conduira inexorablement à la blessure.

… (FB) “pieds nus, le corps met en œuvre une toute autre biomécanique, sollicitant différemment les muscles, les tendons,… Le temps d’adaptation peut nécessiter trois ans ou plus selon l’âge, le passé sportif… Et après cette période rien ne vous garantit de ne pas développer de pathologie.”. Bref, qui va piano va sano. Débuter la course minimaliste sans griller les étapes et sans blessure est à la portée de (presque) tout le monde. Surtout, essayer sur une courte distance ne coûte rien.

…(FB) “Si courir pieds nus revient à changer de technique de prise d’appui – passer d’une prise d’appui talon à une prise d’appui avant-pied – elle nécessite tout de même d’être correctement orchestrée. La zone d’appui entrant en contact avec le sol, le déroulement du pas, l’angle d’attaque du pied, la localisation de la prise d’appui par rapport au centre de gravité, etc. sont autant de paramètres qui, s’ils ne sont pas correctement calibrés, vont altérer la qualité de l’amortissement. Un danseur, un rugbyman, un marathonien qui se mettent au barefoot ne déploieront pas la même gestuelle. L’acquisition d’un nouveau geste technique n’est pas spontanément physiologique. Si la prise d’appui avant-pied favorise le développement d’une gestuelle moins traumatisante, elle ne présente aucune garantie si vous n’en maîtrisez pas les tenants et les aboutissants. Mais cela ne s’arrête pas là : l’état d’esprit et le résultat attendu dans la pratique du barefoot sont des éléments également déterminants. Si la distance, la vitesse, la durée sont pour vous les seuls référentiels qui comptent, il est certain que « vous irez au carton ». La course pieds nus ne pardonne pas ni écarts, approximations ou excès. Gardez en tête que vous êtes en train de pratiquer une nouvelle discipline sportive pour laquelle votre corps n’est pas encore adapté. Si vous débutiez la pratique de la course à pied, commenceriez-vous par un marathon ?”

… (FB) ‘’Une personne qui présente les prémices de pathologies « d’altération articulaire » n’est plus à même de supporter un certain niveau de contraintes (impact à la prise d’appui) dans la durée. S’il lui est possible de développer un amortissement de meilleure qualité qui aura pour conséquence de diminuer cet impact, elle devrait pouvoir courir (dans une certaine mesure et en fonction du degré d’altération et de sa localisation) en ayant conscience que sa marge de manœuvre est réduite. Cependant, si elle croit avoir fait disparaître ses pathologies elle se trompe car le moindre excès fera réapparaître aussitôt toute la symptomatologie. Les articulations sont à l’image d’une carte de crédit qu’il n’est pas possible de recharger, certains les useront plus vite que d’autres sans pouvoir revenir en arrière. Des défauts de posture, d’amortissement,… les altèrent plus rapidement.”

Pour aller plus loin :