Pas de pied, pas de 7b ! Un pied, cela se construit

Pas de pied, pas d’escalade ! La précision et le maintien de l’appui sont des éléments essentiels dans la pratique de l’escalade, Lapalisse n’aurait pas dit mieux. Cependant, il ne faut pas se fier aux apparences car ce n’est pas parce que notre pied adhère à la paroi que sa statique et sa dynamique sont optimales. Elles peuvent en effet impacter insidieusement notre équilibre et limiter le nombre de postures et de gestuelles que nous sommes en mesure d’adopter. La mécanique du pied est plus complexe qu’il n’y parait, mais pas compliqué pour autant, ce n’est qu’une question de conceptualisation de son fonctionnement.

Pour cerner cette problématique nous pourrions nous poser la question suivante, sommes-nous tous capables de tenir n’importe quel type d’appui au niveau des pieds? Une question à laquelle il est difficile de répondre car le corps, en raison du nombre d’articulations qu’il possède, est en mesure de compenser mille et un défauts et ainsi donner l’illusion de fonctionner de façon optimale. Et ce d’autant plus si nous focalisons notre attention, lorsque nous grimpons, seulement sur notre capacité à enchaîner les pas et non sur le déroulement de la gestuelle, la justesse de nos appuis et la succession de postures que nous adoptons. Nous ne sommes pas en train de dire qu’il n’existe qu’une seule gestuelle mais plutôt qu’un système équilibré qui fonctionne à son meilleur potentiel augmente les possibilités du grimpeur, permet de gagner en précision et en économie. Le pied ne fonctionne pas seul, il est la base à partir de laquelle se construit l’appui mais il est également l’extrémité qui s’adapte et compense les défauts sus-jacents. C’est un élément de jonction entre la paroi et le reste du corps. Une défaillance à son niveau génère une multitude de compensations, augmente le coût énergétique et diminue l’éventail des possibilités.

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Surmonter l’impensable !

Entretien avec  »Megane » Pseudo – Par Frédéric Brigaud – Ultramag

Suspendus dans le vide à 100m de hauteur en cette fin de journée de mai au Cap Canaille (La Ciotat – Bouches-du-Rhône), le spectacle est magnifique. La mer s’étend à perte de vue d’un bleu vif contrastant avec la couleur ocre de la roche. C’est sans bruit que Megane descend lentement en rappel en compagnie de Guilhem, Benjamin et Théo, trois grimpeurs aguerris. Cette grande voie dont on atteint le départ seulement après une descente en rappel est une première pour elle. Arrivée au premier relais, elle s’arrête et s’assoie sur le promontoire rocheux, les jambes dans le vide, pour profiter du lieu et écouter les consignes de Théo pour réaliser cette ascension. Il part en tête pendant qu’elle l’assure, vient alors son tour de grimper. Sa main droite se pose sur la première prise puis la main gauche, le contact de la roche est très agréable et très différent des prises en SAE (Structure Artificielle). 40 mètres de grimpe pour cette première longueur. Elle se retrouve alors en traction sur ses bras, ses deux jambes paralysées dans le vide.

20 ans plus tôt

En raison d’une double fracture de la colonne vertébrale suite à un accident de voiture, Megane perd l’usage de ses jambes à l’âge de 3 ans ½ devenant paraplégique. Originaire de Bruxelles, elle est venue vivre très tôt entre la Moutonne et Hyères. Elle vient de valider en 2018, à l’âge de 24 ans, sa première année de STAPS. ‘’Je suis très sportive’’ dit-elle pour se présenter, le visage lumineux et le sourire aux lèvres. ‘’J’ai débuté la pratique sportive assez tard suite à des problèmes de santé à l’âge de 18 ans liés à la paraplégie. Une des tiges en acier qui est vissée dans mon dos s’est cassée occasionnant de nombreuses hospitalisations et de longues périodes d’alitement’’ explique-t-elle. ‘’Dès que je suis sortie de cela, à l’âge de 20 ans, je me suis mise sérieusement à la pratique sportive, débutant par la musculation,  poursuivant avec le handi-basket, le quad rugby, et ensuite les sports de combat (boxe, karaté, lutte au sol)’’ poursuit-elle. ‘’C’est à ce moment-là que j’ai décidé de reprendre les études et d’intégrer le STAPS de Toulon’’. Megane est la première paraplégique à intégrer cet UFR STAPS. Tout au long de l’année, avec ses professeurs, elle a adapté l’ensemble des initiations à la pratique sportive. Une première plutôt réussie, même si elle aurait souhaité que les personnes valides se placent dans les fauteuils pour qu’ils découvrent les composantes de la pratique sportive en fauteuil. Son souhait sera probablement réalisé l’année prochaine dans le cadre de la filière APAS  (Activités Physiques Adaptées et Santé) qui débute à partir de la seconde année. Seconde année qu’elle va poursuivre à Bordeaux, Megane intégrant le pôle espoir handi-basket. ‘’Cette année j’ai voulu pratiquer l’escalade car cela m’a toujours attirée. Le fait de ne voir aucun ‘’handi para’’ s’y essayer m’a encore plus motivée. J’ai donc pris contact avec Guilhem par l’intermédiaire de Margot, une amie qui était en spécialité Escalade, et c’est ainsi que l’aventure a commencé’’, nous raconte-t-elle.

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