Le Trail, c’est le pied – Entretien Nature Trail magazine

Questions (Pauline Waag) et réponses (Fred Brigaud)

Le fait d’être pronateur, supinateur, ou neutre influence forcément notre biomécanique et posture de manière générale ?

Le fait d’être pronateur ou supinateur modifie l’orchestration de la jambe et nos appuis. Cela nous éloigne d’une posture économique et stable, limite notre aisance et génère des zones d’hyperpression et d’hypertension au sein des pieds et du reste du corps. Pour simplifier, un pied pronateur ou supinateur est un défaut d’orientation du pied par rapport à la jambe et/ou de maintien de cette orientation en appui. Notez que l’orientation du pied détermine sa forme (arche interne plate ou creuse) et sa musculature. Dès lors, pour sortir de ce schéma et tendre vers davantage d’équilibre et d’économie, il faut entreprendre un travail technique sur le déroulé du geste et l’orientation des segments. Un travail technique semblable à celui qu’entreprend un tennisman pour corriger un défaut d’orientation du poignet par exemple. Il n’utilisera pas d’orthèse pour maintenir celui-ci mais travaillera sur sa gestuelle.

Les pieds ne sont qu’un morceau de la chaîne; il est nécessaire d’explorer le corps dans son ensemble pour mieux comprendre les interactions entre les différentes parties.

Lorsque nous nous lançons dans la pratique de la course à pied, consulter un spécialiste en prévention est primordial ?

Cela peut être utile et permettre de mieux en comprendre les tenants et les aboutissants. Ce n’est pas forcément un spécialiste en prévention qu’il faut consulter mais plutôt un entraîneur expérimenté à même de vous faire travailler tous les aspects techniques de cette discipline.

Vous avez écrit le livre Corriger le pied sans semelle, pour vous, le port de semelles orthopédiques n’est pas nécessaire ? Même pour aider au maintien de la posture sur de longues distances ?

Nous nous trompons de combat. Il faut avoir conscience que notre posture et notre gestuelle se dégradent avec la fatigue et dépendent de notre allure, de la difficulté du terrain, de notre dextérité, de notre niveau de lecture du terrain, et du matériel que nous portons. L’utilisation d’orthèse pour pallier les différents points que nous venons d’évoquer est illusoire puisque nous ne traitons pas le problème. Pensez-vous qu’une semelle va pallier votre manque de dextérité, vos difficultés à lire le terrain, vos allures excessives… Comme précédemment, pour répondre à ces problématiques nous devrions commencer par améliorer l’apprentissage et permettre au coureur de concevoir la complexité de cette discipline. La distance et l’allure doivent rester des conséquences et surtout ne pas devenir des objectifs.

Dans vos livres, vous expliquez que des stratégies de pose de pieds différentes vont amener à développer des corps différents ? Il y a tout un aspect technique à prendre en compte afin de limiter les contraintes le plus possible au sein du système musculo-squelettique. Comment expliquer cela de manière simple à des débutants ?

Effectivement en fonction de la technique de prise d’appui notre corps se développe différemment. Il suffit de faire quelques petits bonds sur place en prenant appui par l’avant du pied pour se rendre compte que les mollets travaillent davantage. Si vous rapportez cela au nombre de foulées que nous effectuons lors d’une sortie d’une heure, cela devient conséquent ; soit 10800 pas avec une cadence de 180 pas par minute. Même lors dune séance de musculation nous n en faisons pas autant… Il va falloir donc laisser le temps au corps de se construire autour de cette gestuelle. En passant à une foulée avant-pied vous augmentez de 25% environ les contraintes qui s’appliquent sur l’avant-pied et les mollets. C’ est pourquoi si vous brûlez les étapes, vous courez à la blessure. Il est nécessaire d’être progressif.

Tout le monde peut-il tendre vers le minimalisme/barefoot ?

Pour utiliser des chaussures de type barefoot, c’est-à-dire comme pieds nus, cela requière plusieurs choses : laisser le temps à ses pieds et à ses jambes de se renforcer, modifier sa gestuelle, faire évoluer sa lecture du terrain, augmenter sa dextérité, être davantage à l’écoute de son corps, accepter ses limites et savoir ralentir ou s’arrêter… C’est un long cheminement que peu de coureurs veulent entreprendre car ils sont trop souvent obnubilés par la distance et l’allure. Faire croire que le simple fait de passer à des chaussures « minimalistes » prévient les blessures est très simpliste car, pour nous adultes, cela nécessite du temps, des connaissances et de l’investissement.

 Un traileur habitué à courir avec des chaussures épaisses peut-il passer aux chaussures minimalistes du jour au lendemain ?

La réponse est non pour toutes les raisons que nous avons évoquées précédemment. Ses pieds, ses jambes, sa technique ne sont pas encore adaptés. Il faut du temps et un cheminement.

Que pensez-vous des nouvelles technologies/machines/tapis de calcul et analyse de foulée d’un coureur ? Sont-elles fiables ?

Il faut différencier la gestuelle du marathonien de celle du Traileur. Le marathonien cherche à produire un mouvement semblable du début à la fin de sa course tel un métronome; ses performances dépendent de cette capacité. Il sera donc facile d’analyser sa gestuelle sur un tapis et de tendre vers un patron de course idéal mécaniquement. À l’inverse, la foulée du traileur doit évoluer sans cesse, le milieu sur lequel il se déplace étant très changeant. Dès lors, l’analyse de sa gestuelle est plus complexe et doit être contextualisée (montée, descente, terrain technique, terrain glissant,…). Cela demande plus d’expérience et nécessite de se déplacer sur le terrain.

Par ailleurs, les données qu’il est possible d’obtenir via les semelles connectées et autres capteurs facilitent cette analyse, mais si elles ne sont pas contextualisées c’est-à-dire mises en lien avec le milieu sur lequel se déplace la personne elles ne valent plus dire grand chose.

Serait-il possible de donner aux débutants quelques fondamentaux ? Et ce qu’il faut éviter ? (Pour se mettre à la course et au Trail)

Pour les débutants, courir lentement (7/8 km/h), pas très longtemps (10min par exemple) mais plus souvent (5 fois par semaine), puis augmenter progressivement le temps de course sans augmenter pour autant l’allure. Les premiers mois se résume à de la ppg (préparation physique générale). C’est-à-dire que nous construisons lentement le corps pour cette discipline. Autre point, ne pas courir en groupe au risque de se voir imposer un temps de course et une allure qui ne nous conviennent pas. Nous pouvons dire qu’une sortie est réussie si elle ne génère pas de courbatures ou de douleurs et qu’elle ne vous plombe pas pour le reste de la journée. Prenez le temps également de vous poser la question suivante : Pourquoi je cours ?

POUR ALLER PLUS LOIN