Jouer à plus de 302 kmh

Par Frédéric Brigaud
| Ultramag #6 – Juillet/Août 2014 |

Décryptage du geste technique d’engagement à la pelote basque (Place libre)

[extrait] La technique d’engagement en pelote basque est un geste sportif complexe qui met en évidence les interactions entre les différentes parties de notre corps. Sa décomposition nous permet de comprendre l’importance de la stratégie biomécanique dans n’importe quelle discipline, en vue de performer et de se préserver. La pelote basque, le Chistera, fait partie de ces disciplines dont nous avons déjà entendu parler, voire que nous avons pu observer lors de vacances passées sur la côte basque mais sans réellement y prêter plus d’attention que cela jusqu’au moment où un passionné, pratiquant et enseignant cette discipline à Paris depuis plusieurs années, vous demande d’explorer cette gestuelle pour un meilleur enseignement.

Le joueur muni d’un long gant en osier creux à la forme arrondie, le Chistera, qui prolonge la main de 63 à 68 cm, crée un bras de levier conséquent avec lequel il réceptionne mais surtout propulse à des vitesses dépassant les 300 km/h, non pas une balle mais une pelote dont le noyau en bois dur en fait un projectile dangereux pour le crâne… Pas surprenant que le terrain sur lequel se joue cette discipline atteigne 80 mètres.

L’engagement, appelé le but, est un geste complexe. Sa finalité, ce qu’on pourrait appeler l’objectif technique, est à la base de la construction du mouvement ; ici, la trajectoire de la pelote, et plus précisément l’angle et la vitesse avec laquelle elle frappe le mur faisant face au joueur. Ces paramètres déterminent l’axe de mouvement du bras muni du gant. Cependant, le bras seul ne développe pas assez de puissance pour envoyer la pelote à plus de 70 mètres derrière le joueur après qu’elle ait rebondi contre le mur. Pour cela, il doit produire un enchainement de mouvements, course, pas chassés, pivotement, blocage… qui, en se succédant et en se combinant, transmet toute l’énergie accumulée au bras. Imaginez un cône de puissance (force et vitesse), large au départ, qui se concentre et s’accélère au fur et à mesure que l’on se rapproche du mouvement final. La puissance progressivement canalisée est transmise directement à la pelote lui donnant alors suffisamment de vitesse pour franchir 70 mètres et plus. Le mouvement produit est à l’image d’un coup de fouet

La difficulté réside dans cette combinaison de mouvements qui s’effectue dans les différents plans de l’espace. Le joueur débute dos au mur pour finir face à lui. Des mouvements qu’il faut coordonner et synchroniser efficacement. La construction de cet enchaînement dépend de la cohésion et de la dissociation des différentes parties du corps mises en mouvement.  Ces deux facteurs sont déterminants pour la qualité de ce geste technique, son efficacité mais également la préservation du corps….”

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