Prévention des ruptures du ligament croisé et des entorses du genou

Par Fred Brigaud
L’ENTRAINEUR DU SKI ALPIN N° 78 | Juillet 2011 |

Prévention des ruptures du ligament croisé et des entorses du genou, limiter l’apparition du phénomène de torsion du genou.
La rupture du ligament croisé et les entorses du genou sont des traumatismes fréquents dans la pratique du ski alpin de compétition. Les chirurgiens et autres biomécaniciens ont su mettre en évidence les mécanismes pouvant entraîner une rupture du ligament croisé antérieur. Le plus courant est sans doute la flexion/torsion du genou. Il faut considérer cela comme un mouvement et non une posture, le genou est entraîné à l’intérieur d’un axe formé par la hanche et la cheville associé à une torsion de celui-ci, c’est-à-dire que le fémur tourne dans un sens pendant que le tibia tourne dans l’autre.

Je souhaiterai porter votre attention sur le fait que nous retrouvons ce mouvement, cette gestuelle, de manière répétée dans la pratique sportive sans pour autant produire à chaque fois une rupture du ligament croisé. Ceci laisse donc entendre que le mouvement est possible mais pas forcément physiologique.

Lorsqu’on observe les athlètes lors d’entraînement en ski ou lors de séance de préparation physique, on retrouve fréquemment cette association de paramètres flexion, torsion, valgus du genou qui génèrent des contraintes particulières au sein de l’articulation dépassant les limites biomécanique physiologique. Ces paramètres sont habituellement occultés, le geste étant évalué sur d’autres critères. Pourtant le sportif soumet ses genoux de façon répétée à ce type de contraintes, impactant progressivement cette structure. Un ligament soumis à des contraintes pour lesquelles il n’est pas adapté va progressivement se détériorer. Or, nous n’avons pas conscience de l’usure progressive de notre système musculo-squelettique, ce n’est qu’à partir d’un certain niveau de dégradation que l’information devient consciente. Une alarme tardive nous signalant que l’articulation n’est plus fonctionnelle

Tant que l’on n’a pas enseigné au sportif toute l’importance de ces limites biomécaniques il va reproduire ce type de mouvement à tous les niveaux de sa pratique et ce, depuis le plus jeune âge, dès les premières séances de bondissement (à partir de 10/11 ans, lors de la rentrée en 6ème au ski étude) et sur les skis… C’est-à-dire qu’il automatise d’une certaine manière cette gestuelle sans ressentir les effets néfastes sur son appareil musculo-squelettique (impact à long terme). Pour le sportif ce mouvement semble « naturel », pour reprendre un terme qui sert souvent d’argument, puisqu’il fait parti de sa gestuelle. Le mouvement est possible mais pas physiologique.

Le sportif automatise et reproduit une dynamique dont il ne mesure pas les conséquences.
La première réaction pour lutter contre ces mouvements serait de chercher à stabiliser le genou, au risque d’associer trop rapidement les notions de stabilité et d’équilibre et de penser solutionner le problème par des séances de proprioception… Ce raisonnement trop hâtif omet que la stabilité (notion de durée) et l’équilibre n’ont rien à voir avec la physiologie. Ainsi il vous est possible d’apprendre à tenir en équilibre sur un plateau de Freeman et d’être stable sans pour autant respecter le fonctionnement de vos articulations.

Il faut avant tout comprendre les mécanismes mis en jeu. La stabilité active du genou en appui ne dépend pas des muscles entourant cette articulation, mais des muscles mobilisant la hanche et la sous-talienne. La prévention des entorses du genou et des ruptures du ligament croisé antérieur passe par un contrôle actif de l’articulation de la hanche et de la sous-talienne. En écrivant ces quelques lignes je comprends la difficulté qu’il puisse y avoir à concevoir que les muscles de la hanche puissent être responsables de la stabilité du genou et de prévenir ainsi les entorses de celui-ci. Ce n’est qu’un problème de conception de la biomécanique, il ne faut pas avoir une vision segmentaire mais globale du fonctionnement des jambes. La hanche et la sous-talienne déterminent le positionnement du genou par rapport à ces articulations dans le plan frontal et horizontal. Le positionnement du genou par rapport au point d’appui et à la hanche est variable, il détermine le degré d’emboitement du fémur (les condyles, partie inférieure du fémur en contact avec la surface articulaire du tibia) et du plateau tibial. De ce degré d’emboitement dépend la répartition de la pression/tension au sein de l’articulation et de ce qui l’entoure. De ce fait l’intégrité et la pérennité de cette structure sont fonction de la capacité de la personne à positionner correctement ces différentes articulations les unes par rapport aux autres afin que leur congruence soit optimale.
Cette notion de positionnement (principes d’Empilement Articulaire Dynamique) s’applique à tous les niveaux depuis le quotidien jusque dans la pratique sportive. Cela implique une attention particulière du sportif et du staff, une révision des consignes de placement et d’exécution de l’ensemble des exercices de préparation physique, d’entraînement… le développement du ressenti corporel du sportif, l’acquisition et l’exploitation de référentiels biomécaniques lors de l’activité sportive. Le développement d’un training adapté et spécifique qui permettra au sportif de développer et de calibrer son système musculaire lui assurant le maintien du positionnement de ses articulations dans son activité. Les jambes sont composées de nombreux muscles que l’on pourraient classifier en deux groupes : un premier groupe moteur (nous permettant de sauter, d’avancer…) et un second groupe stabilisateur (maintenant le châssis). Seul le développement homogène et calibré de ces deux groupes permet de contrôler le positionnement des articulations, cela va au-delà de la simple musculation. Aujourd’hui le sportif développe essentiellement le premier sans avoir conscience de l’importance du second. La précision d’un geste technique sportif dépend de ces principes biomécaniques.

Pour contre carrer l’apparition répétée de torsion du genou dans la pratique sportive, il est nécessaire de prendre en compte de nouveaux observables biomécaniques dans le management des sportifs, de faire évoluer les exercices d’entraînement et de préparation physique, de compléter la formation du staff technique et des sportifs. Un challenge à notre portée qui ne demande qu’à être réalisé. Dans un autre domaine cela sous entend également une nouvelle approche dans la réathlétisation des sportifs blessés.

Le développement de la capacité de maintien et de positionnement des articulations (principes d’Empilement Articulaire Dynamique) est justement une capacité à part entière requérant une approche spécifique au même titre que le développement de la détente verticale est décisive dans cette discipline.

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