Courir moins mais mieux

Jogging international n°349 – nov 2013.
Entretien – Frédéric Brigaud.

La posture un indicateur tangible
L’obsession du kilométrage, des chronos, agace Frédéric Brigaud, consultant en biomécanique humaine et ostéopathe auprès de sportif de haut niveau depuis 1994 (1). Il déplore que “Les coureurs oublient complètement d’observer leur gestuelle technique». Selon lui, la compréhension et la maîtrise du déroulement du geste dans la pratique sportive sont pourtant essentielles pour la prévention des blessures et l’optimisation des performances. «Regardez courir un marathonien (lambda) au début de l’épreuve et en fin de course. Dans 90% des cas, sa gestuelle s’est énormément dégradée, observe-t-il. De même, si vous faites une séance de fractionné, vous pouvez faire toutes vos séries parfaitement au niveau des chronos, mais si entre le début et la fin de l’exercice, votre gestuelle s’est fortement altérée, c’est que vous avez outrepassé vos capacités, dépassé votre seuil de fatigue. De plus, plus la gestuelle se dégrade plus le coût énergétique augmente, le rendement n’est alors plus optimal. Sans omettre l’impact sur la physiologie articulaire qui pourra aboutir à plus ou moins long terme à une blessure. »

Lors des entraînements, il faut tenter de conserver une posture semblable du début à la fin, si celle-ci est adaptée, ou au moins d’en limiter fortement la dégradation. Frédéric Brigaud préconise donc aux coureurs de commencer par observer leur façon de courir, la manière dont s’orchestre leur corps dans le mouvement, d’en évaluer l’évolution, et de considérer la qualité de celle-ci comme un prérequis.

Se faire filmer est évidemment l’idéal. «Ce qu’il faut regarder, c’est le positionnement des articulations les unes par rapport aux autres et son évolution.  D’autre part, si vous courez voûté ou mou, vous dépensez énormément d’énergie. Si vous êtes plutôt tonique – comme un roseau et non comme un chêne !-, la force de réaction au sol produite à chaque appui ne se disperse pas mais est au contraire emmagasinée dans le système musculo-squelettique pour être restituée lors de la poussée, vous assurant une foulée dynamique. Ces différents éléments participent à l’efficience biomécanique du geste

L’objectif est donc de se rapprocher de cette efficience en optimisant l’organisation de son corps, en faisant évoluer sa gestuelle technique, en potentialisant ainsi ses jambes, mais également le reste du corps… «Un geste technique sera d’autant plus durable et efficient s’il se construit sur un organisme correctement orchestré » assure Frédéric Brigaud. « Au contraire, si vous vous entraînez tout le temps fatigué ou si le niveau de contraintes est supérieur à vos capacités physiques, vous courrez altérée qui progressivement va s’automatiser, sans vous en rendre compte, et devenir ainsi votre posture de course habituelle. »…

Pour aller plus loin :