Le geste, un axe de traitement à part entière

Par Frédéric Brigaud – Speedmeeting KS
Le geste, un axe de traitement à part entière. 
Les principes d’empilement articulaire dynamique appliqués à la rééducation.

Objet de la rééducation : Entorse du LLI du genou droit, sans signe de rupture, associée à un pincement du ménisque externe suite à une chute à ski lors d’un entraînement.

Les principes d’EAD (Empilement Articulaire Dynamique) permettent d’explorer l’organisation du corps dans le mouvement, de mesurer son impact sur l’organisme et de proposer des solutions dans un souci de performance et de préservation. Il y a mille et une façons de marcher, courir, sauter, se déplacer mais il n’y en a qu’une seule, propre à chaque individu, qui soit efficace (économique, stable, performante, précise…) et qui respecte la physiologie du corps.

Octobre – Entorse du LLI genou droit, alors que les entraînements techniques sur les skis sont de plus en plus importants devant permettre aux skieurs d’affiner leur gestuelle en raison des premières courses qui approchent à grand pas. Le skieur, suite à cette entorse, suit un protocole classique de rééducation en kinésithérapie afin de retrouver une articulation mobile, non douloureuse, et reprendre le plus rapidement possible ses entraînements.

Il se trouve pourtant dans une impasse, il ne peut plus s’entraîner. Il passe son temps entre le cabinet de kinésithérapie et son domicile. Il ne peut plus suivre le programme de musculation que lui transmet son préparateur physique et ne peut plus skier. L’impact sur sa musculature est conséquent puisqu’il lui manque déjà 15 jours d’entraînements physique et technique. D’autre part il perd peu à peu confiance dans la qualité de maintien de sa jambe droite, la figeant de plus en plus, et développe une gestuelle asymétrique affaiblissant sa musculature. Son mental est critique car il ne voit pas la sortie du tunnel alors que le temps passe et que les autres s’entraînent. Il se trouve comme la plupart des sportifs à ce stade de la blessure dans un no mans land où la kinésithérapie classique, l’entraîneur ou le préparateur physique ne peuvent lui proposer d’alternative.

Il y a deux possibilités ; soit on le laisse là en attendant que la cicatrisation s’opère, soit on lui permet de développer en dehors des séances de kinésithérapie en cabinet une gestuelle facilitant sa réathlétisation. J’opte pour la deuxième solution. En parallèle de sa rééducation nous réalisons une séance d’EAD.

Je retrouve ce skieur après 15 jours de rééducation :

  • Exploration de l’articulation
    • LLI douloureux en appui bipodal (1/10), en légère triple flexion chevilles, genoux, hanches.
    • LLI douloureux à la palpation (2/10)
    • LLI douloureux en hyper extension (3/10)
    • Disparition de l’œdème
    • Claquement méniscal résiduel en flexion
  • Exploration de sa gestuelle
    • Claudication à la marche,
    • Claudication plus importante pour monter et descendre les escaliers.
    • Pas de maintien de l’appui unipodal à droite
    • Impossibilité de trottiner
    • Impossibilité de courir

L’objectif de la séance va être de lui permettre de développer une gestuelle symétrique respectant les principes d’Empilement Articulaire Dynamique*, de retrouver un appui complet et sûr au niveau de la jambe droite. Son système musculaire a besoin d’être reprogrammé et sollicité correctement afin de retrouver un maintien efficient des différentes articulations quelque soit le mouvement entrepris. Il ne peut pas se permettre de développer des asymétries ni de limiter ses prises d’appui.

Durée de la séance : 1H30
La première partie de la séance (une heure) va consister à lui apprendre à positionner correctement les différentes articulations composant sa jambe dans les gestes de son quotidien. Cette phase est déterminante car il doit maitriser consciemment le déroulement de sa gestuelle. Nous allons ensemble séquencer et répéter inlassablement des mouvements simples puis de plus en plus complexes, facilitant le développement du ressenti corporel et l’organisation du corps. Nous passerons successivement par les étapes suivantes :

  • Ajuster le positionnement relatif du genou et de la cheville en statique et en dynamique en respectant les principes d’alignement [alignement articulaire].
  • Développer le ressenti et le contrôle de la zone EAD.
  • Déroulement du pas et maintien de la zone EAD. Déroulement séquencé puis complet.

Une fois ceci acquis et maîtrisé, nous passons sur les Steps afin de travailler la montée et la descente tout en gardant le contrôle de la zone d’appui (EAD) et l’organisation des segments. Puis nous travaillons directement dans des escaliers en enchaînant les étages aussi bien en montée qu’en descente afin de s’assurer du niveau de conscience de la gestuelle recherchée. Après une heure, lorsque le skieur est capable de maîtriser l’organisation de ses jambes dans les différents mouvements cités précédemment, nous allons en extérieur lui réapprendre à trottiner sur terrain plat.

Cette deuxième partie de la séance a différents objectifs :

  • Lui redonner confiance en ses appuis.
  • Augmenter les contraintes d’appui.
  • Renforcer la reprogrammation du système musculaire stabilisateur.
  • Retrouver une forme d’entraînement.

Nous construirons cette deuxième partie de la séance sur les mêmes bases, ressenti corporel, canalisation et maîtrise du geste.

Après une heure et demie de travail sur sa gestuelle, le skieur est de nouveau capable de marcher, de monter et de descendre les escaliers sans boiter et également de trottiner. Il en avait donc la capacité mais pas la connaissance ni la maîtrise.
Durant cette séance nous n’avons pas fait évoluer l’état du LLI. Nous avons seulement appris au sportif à organiser correctement son corps dans le mouvement et par conséquent s’assurer d’une utilisation physiologique de chaque élément le composant. Grâce à ce type de séance nous limitons l’apparition des différents phénomènes compensatoires souvent lourds de conséquence à plus ou moins long terme qui peuvent apparaître suite à une blessure. Nous facilitons l’autogestion et permettons au sportif de retrouver plus facilement confiance en ses appuis, en réduisant ses appréhensions de façon notable. Nous le poussons à devenir acteur.

*Définition : EAD
C’est l’ajustement des articulations dans tous les plans, quelque soit le mouvement et son déroulement, par la canalisation motrice du déroulement du geste tout en respectant la répartition homogène de la pression / tension au sein de chaque système articulaire.

Modalités d’application
Applicable depuis la statique jusqu’à la mobilisation de l’appareil locomoteur passif et actif et, notamment, à tous gestes techniques utilisés dans le sport, dans les métiers présentant des gestes répétitifs et dans toutes activités engendrant des points d’appui.