Accepter notre humanitude dans nos pratiques sportives

Essai – © Fred Brigaud

L’humanitude, qui est encore un néologisme, se réfère ici au fait que dans un souci de survie et de santé nous ne pouvons ignorer ce que nous sommes. C’est comprendre, respecter et employer à bon escient ce qui nous régit et accepter nos limites. Mais qu’en est-il dans nos pratiques sportives actuelles ?

Le mythe du progrès

Dans notre société, nombre d’éléments qui étaient à l’origine une source de liberté sont devenus progressivement une nécessité puis une contrainte comme l’exprime Olivier Rey : ‘’Autrefois, […] la plupart des hommes n’avaient pas besoin, pour répondre à toutes les nécessités de l’existence, d’un autre mode de transport que la marche ; aujourd’hui les hommes qui ne peuvent compter que sur leurs jambes se trouvent pour la plupart en très mauvaise posture. Lorsque l’automobile paraît, le message est : « Maintenant grâce à la voiture, tu peux aller beaucoup plus loin qu’à pied » ; un siècle plus tard, il faut dire : « Maintenant, tu dois aller beaucoup plus loin qu’à pied, et tu as donc besoin d’une voiture. » C’est un mouvement général, qui détruit les moyens qu’ont les êtres humains de subvenir par eux-mêmes à leur besoin, et les oblige à passer par des objets ou des services qu’ils achètent.’’

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Les TMS du coureur, pour une approche multifactorielle de la pathologie

© Fred Brigaud – Fev 2019 

Dans le cadre des blessures de l’appareil locomoteur  chez le coureur à pied (muscles, tendons, ligaments, os, cartilage,…) qui apparaissent au fil des sorties sans notion de choc direct et qui sont le résultat d’une pratique, d’un entrainement, d’une gestuelle ou encore d’un terrain inadaptés, l’approche thérapeutique actuelle est incomplète car elle se borne trop souvent à traiter la pathologie pour ce qu’elle est, occultant le reste.

Ce type de blessure devrait être classé dans le registre des TMS (troubles musculo-squelettiques) et considéré comme tel. Une notion apparue dans le monde du travail où il est devenu évident qu’un geste technique répétitif inadapté est source de pathologie, et que la thérapeutique seule, c’est-à-dire le traitement des maladies, ne suffit pas à la résoudre. L’Etat promeut cette approche en raison du coût des arrêts de travail et de l’impact sur la productivité comme le résume si bien ces deux slogans ‘’Quand un travailleur souffre, toute l’entreprise est touchée’’[1], ‘’Les TMS coûtent chers à l’entreprise[2]’’. Une source de motivation logique dans un monde marchand déshumanisé où l’homme se résume à un rendement et un coût.

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Des pieds, des chaussures et des semelles

Fred Brigaud pour Ultrafanzine Magazine

Le port de semelles est-il obligatoire ? Il y a les inconditionnels de la semelle et des chaussures rigides qui tiennent le pied, et les autres… Et vous, quelle est votre opinion ? Avant de vous prononcer de but en blanc, commencez par prendre le temps de la réflexion et demandez-vous comment fonctionne le pied ? Ou plutôt comment imaginez-vous qu’il fonctionne ? Ou encore, comment vous a-t-on dit qu’il fonctionnait, si vous avez eu la chance que l’on vous renseigne réellement sur ce sujet. Le pied est là, sous nos yeux, à portée de mains, et pourtant la majorité des gens n’y prête pas attention, sa compréhension ne présentant que peu d’intérêt, et n’hésite pas à l’enfermer à longueur de journée dans un carcan.

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Comment l’amorti déstructure nos appuis !

Au hasard d’une expérience

 Greg, coureur avant-pied tout terrain aguerri, habitué à courir avec des chaussures de type barefoot, chausse exceptionnellement lors d’une sortie sur route une paire de running rigide comportant une semelle amortissante de 9mm sans drop. Des chaussures qu’un distributeur lui a proposé de tester afin d’avoir son avis. A la fin de la session, après une heure de course, il se déchausse et marche pieds nus sur le bitume. Il ressent instantanément un changement dans ses appuis. La répartition de la pression sous ses pieds est différente,comme s’ils avaient changé de forme durant la sortie. Des tensions musculaires inhabituelles parcourent également ses pieds. Ce n’est qu’après quelques minutes de marche pieds nus que la pression exercée par le pied sur le sol s’homogénéise et que les tensions disparaissent. Curieux par nature, Greg reproduit l’expérience pour constater à chaque fois le même phénomène alors qu’il n’en est rien lorsqu’il court pieds nus ou avec des chaussures de type barefoot (chaussures qui comportent une semelle très fine, souple, sans drop et aucun amorti). Comment s’explique mécaniquement cette évolution du pied ?

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La course thérapeutique ou le réveil du corps

Fred Brigaud

Brigitte, une sénior de soixante-dix ans, perçoit depuis quelques temps une perte d’aisance dans sa locomotion au quotidien dès que le terrain devient plus technique, les trottoirs plus étroits, la foule plus dense,  ou encore lorsque la fatigue se fait sentir. Il en est de même lors de ses promenades en forêt. Un phénomène pouvant aller jusqu’à la rendre craintive dans certaines situations. Elle ne présente aucune pathologie, ni aucune douleur. Son souhait lorsqu’elle vient consulter est tout simplement de retrouver cette aisance perdue pour davantage de plaisir et de sérénité lors de ses déplacements au quotidien et d’en comprendre les mécanismes.

Une analyse de sa marche confirme ce qu’elle avait perçu et met en exergue une difficulté à replacer ses pieds rapidement et au bon endroit (une perte de réactivité et de précision), un écartement des bras de l’axe du corps excessif et vers l’avant pour compenser les déséquilibres sous jacents, un balancement des bras anarchique,…   Continuer la lecture de « La course thérapeutique ou le réveil du corps »

Les chaussures ‘barefoot’ la clé du succès en Trail !?

Par Fred Brigaud
Réflexion croisée /  Katie Schide, Germain Grangier, Fred Brigaud

[ Sommaire : Démythifier la chaussure rigide | Trail et chaussure ? | Etre conscient et raisonné | Se maintenir à son meilleur potentiel | Un pied différent selon la dureté du sol | Le pied une structure mobile | Une lente transition vers des chaussures à tendance barefoot | Un corps sous influence dépendant de nos choix | Que retenir |Pour aller plus loin |Palmarès Germain Grangier | Palmarès Katie Schide ]

Profitant de la présence de Katie et Germain venus passer quelques jours à Argentière pour reconnaitre certaines parties du parcours de la CCC, c’est à la terrasse d’un café que nous nous retrouvons en cette agréable journée de juin pour évoquer la problématique du choix de la chaussure en Trail.

Katie, Germain & Fred

Démythifier la chaussure rigide

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Qui de l’Homme ou du robot court le mieux ?

Analyse biomécanique de la foulée du robot humanoïde Atlas – Par Fred Brigaud

Il semblerait que nous ayons pour l’instant encore l’avantage sur Atlas (tel est son nom) au regard de cette première analyse technique de sa gestuelle. Une gestuelle qui comporte des asymétries et quelques défauts qui limitent son potentiel comme nous l’expliquerons. Cependant, une fois ces paramètres réglés, nous risquons d’être à la traine…

Pour cette analyse nous porterons notre attention sur la façon dont il mène l’action plus que sur la finalité de l’action qu’il mène. Celle-ci n’étant que la conséquence de la gestuelle mise en place, son déroulement. Par exemple lorsqu’il saute sur place tout en pivotant sur lui-même, ce n’est pas le fait qu’il y parvienne qui nous intéresse mais la façon dont il effectue cette action. La façon dont il coordonne les différentes parties de son corps et les mouvements qu’il produit, notamment pour se stabiliser une fois qu’il reprend appui. Des mouvements semblables à ceux que produit spontanément un être humain coordonné et un minimum expérimenté dans la même situation. Continuer la lecture de « Qui de l’Homme ou du robot court le mieux ? »

Sommes-nous encore ‘’born to run’’ ?

Par Fred Brigaud – Ultramag

Selon certains courants de pensée qui reposent leur réflexion sur l’analyse et l’interprétation soit des études scientifiques soit des habiletés motrices, il semblerait qu’une partie de l’humanité ne soit pas ou plus adaptée à une foulée avant-pied, limitant celle-ci à une attaque talon et l’obligeant à porter des chaussures comportant de l’amorti à ce niveau. Il y aurait alors deux types de mutants les premiers adaptés à l’attaque avant-pied et les seconds inadaptés ou seulement occasionnellement. Avec comme arguments pour faire cette distinction, le risque de blessure et la perte de performance si ce ‘’déterminisme’’ n’était pas respecté. Dans ce contexte, les habiletés traduiraient des limites de notre champ des possibles et suggèreraient de ce fait la technique de course pour laquelle nous serions mécaniquement adaptée ; sous entendant que le fait de se mettre à attaquer avant-pied alors que l’on attaquait talon serait contre ‘’nature’’. Mais qu’en est-il ? Les études et les habiletés sont-elles en mesure de déterminer qu’une frange de la population serait inapte biomécaniquement à produire une foulée avant-pied ?

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Blessures, performance, sensations, plaisir… faut-il changer de foulée et passer avant-pied ?

En lisant entre les lignes le dernier Dossier Running du magazine Vital on prend davantage conscience de la divergence des deux courants de pensée qui pourtant, au premier abord, semblent converger. Faire évoluer la foulée seulement en cas de blessures ou ne pas attendre de l’être pour passer à celle-ci afin de construire un corps différent ? Rappelons que selon la technique que l’on emploie, le corps que l’on construit est différent. Et par conséquence les capacités, les aptitudes et les comportements sont différents dans l’ensemble des activités physiques que l’on entreprend, jusque dans les gestes du quotidien soulevant cette question de fond, ‘’Quelle technique de course à pied enseigner à l’école ?’’

Entretiens (Fred Brigaud/Florence Morisseau) réalisés par Mélanie Pontet

Extrait  …Le phénomène prend en tout cas de l’ampleur et ne concerne plus seulement quelques coureurs originaux voire extrêmes qui bouclent un semi pieds-nus ou en sandalettes. Beaucoup se tournent vers cette approche pour venir à bout de douleurs ou blessures chroniques ou aigües. « Nous le préconisons surtout dans ce cas, avoue Florence Morisseau « notamment pour des problèmes de dos, de hanches ou de genoux. ». De plus, l’avant-pied joue une fonction d’« interface neutralisatrice » ainsi nommée et décrite par Frédéric Brigaud, plus vulgairement d’éponge qui absorbe la forme du terrain et nos mouvements préservant la jambe. « Mais on ne conseille pas forcément de tout bouleverser à quelqu’un qui n’a aucun problème, la notion bénéfice/risque étant incertaine », estime Florence Morisseau. Pas de l’avis de Frédéric Brigaud qui conseille cette « révolution » pour tous : « Cette foulée métamorphose notre corps et le construit différemment, rendant nos appuis plus précis, plus réactifs dans tous les sports que l’on peut pratiquer parallèlement à la course à pied, mais également dans notre quotidien. » Ce « simple » (pas simple du tout en fait) changement d’appui « développe de nouvelles capacités physiques et renforce des groupes musculaires spécifiques, ce n’est pas qu’une question d’amélioration de l’amortissement [ou de prévention des blessures]. » Comme il le spécifie […] « Il est aussi question de plaisir. On transforme sa manière de courir et on s’initie de nouvelles sensations avec une foulée plus bondissante, un sentiment de légèreté, de douceur dans l’appui ». Ou comment, finalement, revenir à une posture originelle pour « exploiter le meilleur du potentiel de notre corps.»…

 A lire dans le dernier numéro de Vital.

Faites vous votre propre opinion testez la foulée avant-pied !
Plan d’entrainement simplifié et tutoriel vidéo

POUR ALLER PLUS LOIN :

 

Survoler les parties techniques en Trail et gagner en plaisir

Fred Brigaud – Ultramag

Le rêve de tout coureur est de laisser son corps fonctionner seul, de pouvoir savourer le parcours et d’en jouer sans avoir à se concentrer sur la pose de ses pieds pour ne pas chuter. Heureusement cela s’acquière, pour peu que nous nous placions dans des situations qui favorisent l’apprentissage et que nous ayons une certaine conceptualisation de celui-ci.

La lecture du terrain, une habilité peu développée chez les coureurs sur route

Un terrain technique exige une attention particulière pour choisir la localisation des appuis mais également le type d’appui à produire (puissant, léger ou soutenu par exemple). Il demande davantage de concentration, de précision et de subtilité qu’un terrain plat, large et goudronné. Le marathonien, habitué à courir essentiellement sur la route, n’a donc pas à se soucier de ces paramètres de localisation et au type d’appui à produire. Nous pouvons dire qu’il ne possède pas un haut niveau de lecture du terrain. C’est pourquoi il éprouve des difficultés lorsqu’il lui arrive de cheminer sur des sentiers en pleine montagne, comme en témoignage une marathonienne amatrice après l’ascension d’un 4000 et qui court pourtant en moyenne 50km par semaine sur route. ‘’Il faut faire attention à chaque pas à l’endroit où on pose les pieds si on souhaite ne pas glisser. Cela demande beaucoup de concentration et ralentit fortement la progression, sans parler de la fatigue !’’. Continuer la lecture de « Survoler les parties techniques en Trail et gagner en plaisir »